De la naissance au plus grand âge, en passant par les étapes obligées du mariage et de la mise au monde de nombreux enfants, les femmes occupaient en Afrique – et occupent souvent aujourd'hui encore dans les sociétés villageoises – une place très particulière. Elles sont omniprésentes dans la sphère privée, familiale; leurs activités de même que leurs rôles sont extrêmement divers. Comment les femmes apparaissent-elles dans les arts africains ?

À travers quelque cent trente oeuvres, principalement des statues, statuettes, masques et insignes de dignité, la nouvelle exposition du musée Dapper entreprend d'évoquer la multiplicité des représentations féminines. Nécessaires et incontournables, les pratiques rituelles conduites lors des initiations et des cérémonies religieuses marquent les moments forts des cycles de vie. C'est ce que révèlent nombre de figures : les corps traduisent, tant par l'ornementation que par la gestuelle, le vécu des femmes.



En général, les corps nubiles retiennent peu l'attention des sculpteurs. Ils préfèrent assurément magnifier les formes d'une figure aux courbes exceptionnelles et harmonieuses ou sublimer les seins et le ventre bombé d'une femme enceinte, sur lequel se développent, selon les cultures, des frises de scarifications. Des motifs incisés dans la chair ont été réalisés au moment de la puberté, d'autres ont été ajoutés pour favoriser le développement de la grossesse et protéger la naissance.

À cet égard les artistes bembe (RDC) n'ont pas manqué de sculpter des figures de parturientes. La maternité constitue le thème majeur des représentations féminines dans les arts africains. Féconde et nourricière, « la femme avec enfant » est une figure idéale, et sa progéniture constitue une richesse pour le groupe. La maternité est pleinement magnifiée chez les peuples kongo (Congo et RDC) et chez les Senufo par exemple, car la femme est considérée comme étant la gardienne de la mémoire et des valeurs de la communauté. Les rôles de génitrice et de mère sont si fortement valorisés dans les sociétés africaines que les tâches et les jeux des petites filles les y préparent très tôt: elles possèdent des poupées qu'elles remplacent, au moment de l'adolescence, par d'autres qui sont conservées précieusement des années durant; ce type d'objet, parfois sculpté avec originalité, devient propitiatoire lorsqu'il est destiné, comme chez les Dowayo (Cameroun) à favoriser la fécondité. On ne saurait confiner les femmes africaines au seul espace familial, à celui de la procréation et des tâches ménagères. Certes, dans la plupart des sociétés, la différenciation sexuelle s'accompagne de codes qui règlent de façon spécifique les univers masculin et féminin.

Si aux hommes sont, en général, dévolus l'organisation et la gestion du royaume ou de la chefferie de même que les affaires religieuses, les domaines de la chasse et de la guerre, il n'en demeure pas moins que des femmes ont exercé – et exercent – le pouvoir politique et spirituel, les deux étant fréquemment liés. En témoignent bien sûr l'histoire, mais aussi les effigies qui sont plus des archétypes que de véritables portraits. Dans l'ancien royaume de Bénin (Nigeria), il était d'usage de faire couler en bronze des têtes commémoratives pour les femmes comptant parmi les hauts dignitaires de la cour: les reines mères. Ce titre fut instauré au XVIe siècle par le roi Esigie pour rendre hommage à sa mère qui fut toute-puissante. De même, il existait, vraisemblablement avant le XVIIe siècle, au sein des royaumes akan (Côte d'Ivoire / Ghana) des têtes en terre cuite façonnées par des potières ; ces oeuvres évoquent des visages d'ancêtres féminins qui auraient donné leur nom aux lignages.



La maturité et la ménopause qui voient disparaître l'impureté du corps permettent à la femme de s'inscrire enfin dans la sphère de l'autorité, des décisions réservées au monde masculin. Les deux univers demeurent néanmoins relativement éloignés. Quelques images de couple pourraient traduire leur complémentarité qui fonde l'ordre et l'harmonie du groupe. En réalité, nombre de pièces, à l'instar des sculptures dogon (Mali), revêtent une forte dimension symbolique renvoyant fréquemment à la mythologie, aux figures originelles d'un couple de jumeaux.
Les oeuvres expriment l'ambivalence de la place des femmes : leurs corps donnent forme aux statuettes, aux figures surmontant les insignes de dignité. Leurs traits ont inspiré les sculpteurs de masques, autant d'objets réalisés et manipulés par les hommes pour les cultes ou le maintien de l'ordre public. Aux femmes sont laissées la poterie et la broderie, celles-ci étant considérées comme relevant de l'artisanat.

Aujourd'hui, les plasticiennes d'origine africaine imposent peu à peu leur créativité. C'est à la photographe camerounaise Angèle Etoundi Essamba – qui interroge les corps, les visages – que le musée Dapper offre ses cimaises en ouverture de l'exposition Femmes, dans les arts d'Afrique.

Musée Dapper
35 bis, rue Paul Valéry
75116 Paris
Tél. : 01 45 00 91 75
Ouvert tous les jours (sauf le 1er janvier) de 11 h à 19 h
Fermé le mardi