La
présentation de l'éditeur:
Le 8 mai 2007, le nouveau
président de la République, Nicolas Sarkozy, se repose sur un yacht de grand luxe, le Paloma, propriété du très discret homme d'affaires Vincent Bolloré. Pour la première fois, ce dernier apparaît au grand jour. Le patron du groupe éponyme était jusqu'à
présent une personnalité très connue du monde des affaires pour ses coups boursiers, mais dont la notoriété avait peu dépassé ce cercle.
Depuis, il cherche à tout prix à revenir à l'anonymat, relatif, des grands patrons. Et surtout, il souhaite continuer à faire des affaires, en toute discrétion. La liste de ses métiers traditionnels, tant en Europe qu'en Afrique, ressemble à un inventaire à la
Prévert : transport, logistique, culture d'hévéas et d'huile de palme, voiture électrique, film plastique, distribution de fioul...
Pourtant, ses récentes incursions dans la publicité (Havas, Aegis) et surtout dans les médias audiovisuels et écrits (Direct Soir, Direct 8, Matin Plus, SFP,...) méritent qu'on se penche sur la trajectoire de cet homme, sur sa personnalité et sur sa vision du monde qu'il essaie de faire partager à tous les Français via les média qui lui appartiennent.
«Petit prince du cash flow» ou «Ange exterminateur», «Gendre idéal» ou «Grand saigneur», «Tapie propre» ou «Bollorosa Dolor», les auteurs nous donnent des pistes pour comprendre qui est réellement Vincent Bolloré ?
Les auteurs sont journalistes à Libération. Nicolas Cori est spécialiste des affaires financières au service Economie. Muriel Gremillet travaille sur les questions de politique budgétaire au service Politique.
Les premières lignes
Extrait de l'introduction :
En affaires, il n'y pas de mensonges.
Il n'y a que des vérités successives.
Un banquier
C'était le 8 mai 2007. Au large de Malte, le nouveau
président de la République, Nicolas Sarkozy, se repose de la campagne électorale sur un yacht de soixante-cinq mètres de grand luxe, le Paloma. Un bateau propriété du très discret homme d'affaires breton de cinquante-cinq ans, Vincent Bolloré. Cette virée est pour le moins inédite dans la Ve République. Mitterrand attend les résultats des élections dans la chambre numéro 15 de l'hôtel du Vieux Morvan, à Château-Chinon. Jacques Chirac, en 1995, fête la victoire du balcon de l'hôtel de ville de Paris. Nicolas Sarkozy, élu, file au Fouquet's, un restaurant des Champs-Elysées avec ses amis people et politiques. Puis s'échappe sur le Paloma, avec celle qui est encore sa femme, Cécilia, ses enfants et les amis de celle-ci. Le style Sarkozy, ostentatoire et nouveau riche, ami des patrons, s'étale à la une des journaux. «On n'a jamais vu, à ce point, quelqu'un qui affiche de façon aussi provocatrice le goût de l'argent et sa proximité avec les milieux d'affaires, à peine élu», commentait sur le coup Vincent Peillon, l'un des responsables du PS. Les vacances du
Président au mois d'août 2007 ont d'ailleurs reproduit ce même schéma. Sarkozy assume son mode de vie. Il est fier de s'afficher aux côtés de ses amis milliardaires.
Mais pour Vincent Bolloré, l'épisode du Paloma est à double tranchant. Vu du monde des affaires, il a réussi son coup. Dans ce milieu où la valeur d'un homme se mesure à son influence, sa cote est montée d'un cran. Le
président de la République est, symboliquement au moins, en dette avec lui. Nombreux sont les financiers ou les industriels que nous avons interrogés qui estiment que Bolloré est dorénavant «intouchable» pendant cinq ans.
Vis-à-vis du grand public, la polémique qui s'en est suivie a été cependant franchement mauvaise. L'homme d'affaires a fait mine d'être au-dessus de toutes critiques. Mais il a quand même dû mobiliser tous ses conseillers en communication pour ne pas sortir éclaboussé par cette affaire.
Bolloré, bien que discret, se montre extrêmement soucieux de son image. Ou plutôt de ses multiples images : du «petit prince du cash flow» à la détestable réputation de raider sans pitié, en passant par l'héritier d'une dynastie multiséculaire d'industriels bretons, ou au contraire l'homme qui s'est fait tout seul. Bolloré cultive ses facettes en fonction de ses besoins du moment. Car Vincent Bolloré n'est pas un novice en médias. Mais, avec les vacances
présidentielles sur le Paloma, il est devenu pour la première fois l'acteur d'un feuilleton médiatique qui fait la une des journaux et l'ouverture des «20 heures». Et ceci dans un rôle peu valorisant, le grand patron qui invite l'homme politique, le symbole de la «République bling-bling», suscitant un flot de commentaires politiques qu'il ne peut maîtriser.