La plupart des Français l’ont découvert en même temps que la TNT, la télévision numérique terrestre. Vincent Bolloré, créateur et patron de la chaîne Direct 8, est pourtant à la tête d’un gigantesque groupe familial.
Présent sur tous les continents avec plus de 31.000 employés, le conglomérat de l’homme d’affaires breton se classe parmi les 500 premiers groupes mondiaux. Son chiffre d’affaires 2005 ? 5,45 milliards d’euros. Leader dans les transports et la logistique, l’énergie et les médias, la papeterie bretonne fondée en 1822 a fait du chemin : des papiers à rouler OCB au contrôle du géant de la communication Havas. Tour d’horizon:
Papier et plastique, l'héritage familial en difficulté La Branche Papiers Minces
Chaque année, jusqu'à 100.000 tonnes de papier mince pour impression peuvent sortir des Papeteries du Léman et des Papeteries des Vosges. Soit 20% du marché et de quoi faire de Vincent Bolloré le leader mondial du secteur.
Les papiers produits sont utilisés dans l'édition, notamment pour la littérature religieuse et juridique, mais aussi pour les catalogues, les encyclopédies, les tracts et, pendant longtemps… les cigarettes. Peu de gens le savent mais le B de OCB signifie Bolloré. Zig-Zag et JOB étaient également des marques du groupe, avant d'être cédées à un groupe américain.
Présent sur tous les continents, sauf l'Afrique, cette branche du groupe cherche désormais à se développer commercialement en Amérique du Sud, et se renforce aux Etats-Unis et en Asie.
Malgré son statut, en 2005, la branche a accusé un résultat opérationnel négatif de 7 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 109 millions, en dépit d'une hausse des ventes de 13% par rapport à 2004. Cette année-là, la perte s'était élevée à 9 millions pour un chiffre d'affaires de 99 millions. La progression des ventes doit beaucoup au projet de traité constitutionnel européen, dont cinq millions d'exemplaires ont été imprimés en France. Les difficultés rencontrées, elles, s'inscrivent dans la mauvaise passe que traverse l'ensemble de la filière papier, sans oublier la hausse des coûts énergétiques.
Les Chiffres du Papier:
Films plastiques : des filiales dans 37 pays
Depuis les années 30, la famille Bolloré fabrique également des films plastiques. Le groupe est aujourd'hui le premier producteur mondial de film polypropylène destiné à la production de condensateurs pour courant alternatif. C'est Vincent Bolloré, après avoir pris les rênes de l'entreprise en 1980, qui a décidé de développer cette activité. Bien lui en a pris. Ses usines de Bretagne alimentent désormais 37 pays, et le groupe possède deux filiales basées aux Etats-Unis et en Chine.
Sous l'impulsion de Vincent Bolloré toujours, la firme s'est diversifiée dans les films thermorétractables pour emballage de produits de grande consommation. Il en est le numéro 3 mondial avec sa marque Bolphane. Mais le secteur des films plastiques, autrefois rentable, a aujourd'hui lui aussi du plomb dans l'aile. En 2005, les ventes de films diélectriques pour condensateurs ont reculé de 18% par rapport à 2004, mises à mal par des marchés américain et européen en baisse et surtout une forte concurrence des pays émergents.
En 2005, la branche films plastiques, qui intègre les recherches sur les batteries électriques, accusait ainsi un résultat opérationnel négatif de 20 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 80 millions, contre 12 millions de pertes en 2004 et un CA de 85 millions. Au premier semestre 2006, le chiffre d'affaire des activités papiers minces et films plastique du groupe a augmenté de 1,8%.Outre ses usines de Bretagne, Vincent Bolloré possède deux filiales de films plastiques aux Etats-Unis et en Chine.
Les Chiffres du Plastique:
Deux mannes méconnues : le transport et l'énergie
Le Transport
Caisses de cigarettes en Afrique noire, tubes par milliers au Moyen-Orient, toiles de maître en Europe... Le groupe Bolloré transporte tout, partout. Transport et logistique composent aujourd'hui sa principale activité. La plus rémunératrice aussi. En 2005, le chiffre d'affaires de la branche a augmenté de 10% pour atteindre les 2.740 millions d'euros, soit
près de 60% du chiffre d'affaires total du groupe. Le résultat opérationnel, lui, s'élève à 136 millions contre 100 millions pour l'ensemble de la firme.
En 2006, Vincent Bolloré s'affiche comme le spécialiste du transport en Afrique.
Présent dans 43 pays du continent, il a abandonné au début de l'année ses activités maritimes, las de n'y occuper "que" le 23e rang mondial, pour se recentrer sur le transport terrestre. Le groupe compte parmi ses filiales une cascade de sociétés aux noms explicites : SDV Bénin, SDV Burkina Faso, SDV Gabon, SDV Niger…
SDV Logistique Internationale, née de la fusion de six entreprises du groupe, compte, elle, en tout, 15.000 collaborateurs et travaille dans 88 pays du monde. Elle gère autant le transport de matériaux lourds que celui d'oeuvres d'art. En juillet, sa filiale implantée au Luxembourg s'est ainsi vue confiée "La Femme debout", une oeuvre de Pablo Picasso, qu'elle a dû faire transiter d'une chambre forte luxembourgeoise jusqu'à Stockholm (Suède). Cela, bien sûr, en toute discrétion.
L'an dernier, le groupe s'est fortement développé sur le contient américain, avec l'ouverture de bureaux en Argentine, au Brésil, au Mexique et au Canada. Au premier semestre 2006, le chiffre d'affaires transport et logistique (hors maritime) a donc de nouveau augmenté, à un rythme de 9,8%.
Les Chiffres du Transport:
Deuxième distributeur pétrolier de France
Avec le transport, la distribution d'énergie se révèle être la seconde activité rentable du groupe, toutes les autres perdant de l'argent. Vincent Bolloré a beau promouvoir sa batterie électrique ultra-écologique, il n'en est pas moins le deuxième distributeur de produits pétroliers de France, derrière Total. Sa société Bolloré Energie distribue du fioul domestique, du gazole, du fioul lourd industriel, du charbon, des lubrifiants et des carburants dans toute l'Europe. Sous des marques telles que CALPAM, CICA, SAMC, elle est implantée aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et en Suisse.

Fioul, gazol, carburants... Bolloré Energie commercialise 3 millions de tonnes de produits pétroliers par an en Europe.
Bolloré est ainsi le deuxième distributeur indépendant du continent, où il commercialise 3 millions de tonnes de produits pétroliers par an auprès de 300.000 clients. En France, il possède 120 points de vente (marques Bolloré Energie, LCA, SFDM). En 2005, la division Energie du groupe a empoché 24 millions d'euros, contre 20 millions un an plus tôt. Cela pour un chiffre d'affaires de 1.688 millions d'euros, en hausse de 9,8% (plus 20,2% au premier semestre 2006). Grâce à des gains de productivité, le groupe a su compenser la baisse de consommation de fioul provoquée par l'envolée des cours du brut.
Les Chiffres de l'Energie:
La voiture électrique,une coûteuse passion La Blue Car:
C'est avec les médias l'autre passion de Vincent Bolloré. Après plus de dix ans de recherche, l'entreprise Batscap, détenue à 20% par EDF, a
présenté en 2004 une batterie électrique au lithium entièrement propre, de la production à son recyclage. Surtout, son autonomie serait quatre fois supérieure à celle des batteries au plomb, affirme l'industriel.
La batterie Lithium Métal Polymère (LMP), produite sur le site de Batscap à Penn Carn (Finistère), vise désormais quatre grands secteurs d'application :
- les relais télécom, en particulier dans les régions isolées
- "l'énergie sécurisée" pour pallier à des coupures de courant inattendues dans les entreprises ou administrations
- les réseaux électriques des pays pauvres aux installations vétustes et incontrôlables
- mais surtout l'automobile et les transports
Dès 2004, l'homme d'affaires affirmait que s'il ne trouvait pas de partenaire industriel, son groupe concevrait et produirait lui-même un véhicule utilisant la technologie Batscap. Ce fut chose faite le 3 mars 2005, avec la
présentation au Salon international de l'automobile de Genève de la Blue Car. Une voiture qui s'enorgueillit d'une autonomie de plus de 200 kilomètres selon les conditions d'utilisation, soit un coût énergétique de 1 euro aux 100, et d'une vitesse de pointe de 125 km/h. La batterie, elle, se recharge à 100% en six heures.
Longue de 3,05 mètres, soit la longueur exacte de l'ancienne Mini, la Blue Car propose trois places de front à l'avant et un espace de chargement à l'arrière. Celui-ci peut toutefois accueillir deux strapontins, transformant la Blue Car en un véhicule cinq places.
En 2006, le groupe a
prévu de réaliser de nombreuses démonstrations de sa dernière-née, qui lui aura coûté 12 millions d'euros pour la seule année 2005, et 70 millions en tout. La production à la chaîne de la Blue Car n'est pourtant pas au programme. Elle n'a pas d'autre but que de vanter les mérites de la technologie LMP.
Batscap:
En 2001, le groupe Bolloré, qui figure parmi les 250 premiers groupes européens, a créé la société batScap, dans laquelle EDF détient une participation de 20%, pour développer et industrialiser des batteries au lithium métal polymère et des supercapacités.
batScap concrétise ainsi 10 années d'études menées à partir du savoir-faire technologique et industriel acquis par le groupe Bolloré, et notamment sa Division Films Plastiques. Cette division est devenue le leader mondial du film polypropylène pour condensateurs, composants de stockage d'énergie indispensables à la fabrication de nombreux produits grand public et industriels.
Bénéficiant du support technique et financier du Groupe, batScap est dans une position privilégiée pour jouer un rôle majeur dans le domaine des technologies innovantes en mesure de répondre aux besoins existants et nouveaux en stockage d'énergie.
L'expertise de batScap
Du mélange des poudres jusqu'à la fabrication des produits finis, batScap contrôle intégralement la conception et les procédés de fabrication des batteries Lithium Métal Polymère et des supercapacités.
S'appuyant sur l'expérience du Groupe dans la fabrication de films plastiques, batScap a mis au point deux technologies innovantes et propriétaires basées sur l'assemblage de films extrudés ultra-minces.
Les matières premières, développées en collaboration avec de nombreux partenaires industriels, sont commercialement disponibles.
Les procédés de fabrication répondent aux exigences d'une production en grand volume, économique, sûre et respectueuse de l'environnement.
Des installations de test forte puissance permettent d'étudier les comportements des produits sous différentes sollicitations, de développer des modèles et de
prévoir les durées de vie.
Médias : une stratégie à long terme
Vincent Bolloré ne fait pas dans la demi-mesure, et surtout pas quand il décide, en 2000, de se constituer un pôle médias. En témoignera, quelques années plus tard, la rapidité avec laquelle il prendra les rênes du géant de la publicité et de la communication
Havas : fin 2004, en trois mois, il achète plus de 20% du capital, devenant premier actionnaire, avant d'obtenir en juillet 2005 le poste de
président du conseil d'administration.
Et cette année, c'est en mettant 79 millions d'euros sur la table que le Breton s'est assuré l'obtention de douze licences
Wimax (connexions à haut-débit par voie hertzienne). Il ambitionne désormais de devenir le premier fournisseur d'accès Internet nomade de France.
"Je regarde un peu partout"
Publicité et télécoms mais aussi cinéma, production audiovisuelle, radio, télévision et presse écrite. Vincent Bolloré a décidé de couvrir tout le champ médiatique. Progressivement, méthodiquement, mais aussi avec des acquisitions étonnantes, comme le rachat, en 2000, du
Mac Mahon, un cinéma parisien d'art et essai.
Rachat des studios de la Star Academy. La première grosse opération intervient plus tard, en 2001 : Vincent Bolloré s'empare, conjointement avec Euromédia Télévision, de la
SFP, la Société française de production en grandes difficultés.
A cette époque, il détient déjà plus de 23,6% d'
Euromédia (40,57% aujourd'hui), propriétaire de plusieurs studios de télévision, notamment ceux, très courus, de Saint-Denis (Star Academy, Les Guignols, On ne peut pas plaire à tout le monde…). La SFP, elle, possède ceux de Bry sur Marne (Le plus grand cabaret du monde).
La même année,
Streampower, leader français de la diffusion audio et vidéo sur Internet tombe dans l'escarcelle du tycoon. Suivent d'autres acquisitions ou prises de participation. En 2002, il franchit notamment le seuil des 5% des
studios Gaumont (il a aujourd'hui dépassé les 10%).
En 2004, outre son entrée en force chez Havas, Bolloré lance, le 1er mars, depuis ses locaux, de Puteaux,
Radio Nouveaux Talents.
Et un an plus tard, enfin, apparaît pour la première fois sur les écrans
Direct 8,sa chaîne numérique diffusées sur la TNT. Philippe Labro en est le vice-
président, les locaux et les trois studios de la chaîne occupent 2.500 m² de la tour Bolloré (Puteaux). Le projet Direct 8 était à l'étude depuis 2001.

La régie de la chaîne numérique Direct 8, d'où sont contrôlés les caméras de trois studios installés à Puteaux.
Direct Soir, premier quotidien gratuit du soir
Le 6 juin 2006, c'est l'autre bébé de Vincent Bolloré (avec les batteries) qui sort dans les bouches du métro parisien et dans quatorze villes de province : Direct Soir, premier quotidien gratuit du soir est né, pour une période d'essai de trois semaines avant la sortie définitive
prévue le 7 septembre. Le patron s'implique personnellement : il assiste aux réunions éditoriales, relit et modifie même certains articles, participe à l'élaboration de la Une, suggère quelques-unes des blagues publiées.
Selon le groupe, Direct Soir serait un succès. 82 à 83% des 500.000 exemplaires tirés chaque jour auraient atterri dans les mains de lecteurs et plusieurs annonceurs auraient été éconduits. Pourtant, pour son premier exercice, le gratuit devrait perdre plus de 10 millions d'euros, et un retour sur investissement n'est pas attendu avant la septième année.
C'est que les récentes activités média du groupe ne sont pas rentables, loin de là. En 2005, la branche accusait un résultat opérationnel négatif de 30 millions d'euros, qui succédait à une perte de 8 millions en 2004.
Mais Vincent Bolloré n'en a cure, il mise sur l'avenir et fourmille de projets. Il aurait conclu un partenariat avec le groupe Le Monde pour le lancement d'un second gratuit, du matin celui-là. Et en juillet dernier, il déclarait à un journaliste des Echos : "Je regarde un peu partout". Le magnat a déjà fait savoir qu'il souhaitait investir 10% des actifs du groupe dans les médias. Soit 500 millions d'euros.
Le 6 février 2007
Matin Plus, Bolloré lance son deuxième quotidien gratuit, en partenariat avec Le Monde. Détenue dans un premier temps à 70% par Bolloré et à 30% par Le Monde, la société Matin Plus a vocation à être une propriété à parité des deux actionnaires.
Elle édite le quotidien du matin doté de 28 pages - dont 4 réalisées par Le Monde et Courrier International -, qui est imprimé par Le Monde à Ivry. Le budget annuel de Matin Plus est de 22 millions d'euros avec l'objectif d'atteindre l'équilibre au bout de six ans (et une perte cumulée maximum de 52 millions d'euros). Matin Plus est distribué à 350 000 exemplaires et se veut la tête de pont parisienne du réseau Ville Plus qui comprend Marseille Plus, Lille Plus, Lyon Plus, Bordeaux 7 et Montpellier Plus, soit 250 000 exemplaires supplémentaires. Le Syndicat national de la librairie et de la presse a appelé mardi 6 février les marchands de journaux parisiens à boycotter Le Monde, pour protester contre le lancement de Matin Plus. Bolloré projette de sortir prochainement une édition locale à Quimper sous le nom de Bretagne Plus
Institut de Sondage CSA
Septembre 2006, Bolloré Investissement, a acquis 40% de la holding de contrôle de l'institut de sondages et d'études de marché
CSA et se réserve la possibilité d'en détenir plus de la moitié d'ici à 2008-2009, selon un accord signé avec l'institut.
"Bolloré Investissement a signé un accord avec le groupe CSA aux termes duquel il acquiert une participation de 40% dans la société de tête CSA TMO Holding avec la possibilité de devenir majoritaire d'ici à 2008-2009", indique-t-il dans un communiqué. Pour Bolloré, cet investissement s'inscrit dans sa stratégie de développement dans le secteur de la communication."
Des raids boursiers triomphants
Vincent Bolloré n'est pas qu'un industriel avisé. Il a aussi réussi plusieurs jolis coups boursiers, en particulier à la fin des années 2000, qui lui ont valu quelques surnoms colorés : "petit prince du cash flow", "perceur de coffres", "il scalatore" (le raider), ce dernier acquis en Italie suite à un raid sur une banque italienne en 2001.
Au tableau de chasse: Bouygues, Pathé...
Sa plus belle opération reste celle réalisée sur le dos de la famille Bouygues et de François Pinault, amorcée en 1997 quand il entre dans le capital de Bouygues et menace de prendre le pouvoir. Après un conflit de plusieurs mois, la famille Bouygues appelle François Pinault à la rescousse. Celui-ci achète au prix fort les 12,6% de parts du groupe de BTP détenus par Bolloré. Bénéfice de l'opération pour l'intéressé : plus de 1,5 milliard de francs (230 millions d'euros).
Dans la foulée, Bolloré enchaîne avec un nouveau coup d'éclat : il entre dans le capital du groupe Pathé, avant de revendre, un mois plus tard, à Vivendi Universal. De quoi empocher 800 millions de francs (120 millions d'euros) de plus-value.
Enfin, dernier coup resté dans les annales : la revente en 1999 et 2000 de 30% de ses part dans la holding Rue Impériale, qui lui rapporte
près de 300 millions d'euros. En trois ans, le financier aura donc récolté plus de 600 millions d'euros de plus-value.
La saga Bolloré continue, le népotisme, la concentration du pouvoir plutocratique ne saurait s'arrêter là! A suivre...